Levons le tabou du suicide

L’entreprise n’est pas prête à gérer le suicide. Actes désespérés et personnels, les suicides sur le lieu de travail (au technocentre de Renault, chez France Télécom ou ailleurs) viennent envahir la vie de l’entreprise et mettent en accusation toute l’organisation. Le suicide dans l’entreprise, comme dans la vie intime, reste un sujet tabou, ce qui en fait un sujet de non-communication, donc hautement sensible.
Aujourd’hui, les entreprises sont démunies face au suicide et ne veulent pas l’affronter. Les directions de la communication et des ressources humaines se réfugient dans d’interminables périphrases pour éviter de faire face à la réalité et de la nommer. Combien de dirigeants refusent d’en parler, masquent les tentatives ou les gestes annonciateurs?

La communication de France Télécom est édifiante à cet égard. La direction de l’entreprise a esquivé le sujet pour éviter un phénomène de contagion qui, pourtant, a eu lieu… Tôt ou tard, l’entreprise se retrouve confrontée à la désespérante réalité et à la terrible double question «Pourquoi ?» et «Qu’aurais-je pu faire?».
En fuyant les faits, France Télécom a échoué dans la prévention. Dans ces circonstances, le silence a été de plomb et les suicides ont pu hanter les murs de l’entreprise comme des fantômes qu’on ne sait nommer.

Libérer la parole

Face au suicide, la communication de crise doit être humble et accepter d’être incertaine. Pas de règle, pas de schéma préétabli.

Cette communication est d’autant plus difficile qu’elle ramène à l’échec. L’entreprise doit d’abord reconnaître que la solution miracle n’a pas été trouvée, et que les réponses, si elles existent, ne seront pas immédiates. Les actions seront temporaires, évolutives, fragiles. Les questions et les pistes de réflexion seront plus nombreuses que les succès.

Face au suicide, les entreprises doivent libérer la parole, décloisonner les équipes, comprendre le stress des collaborateurs, repenser leur organisation et donner du sens, une perspective.

En somme, on demande aujourd’hui aux entreprises de réussir là où l’État et les politiques publiques ont échoué: la prévention du suicide. Mais c’est à ce prix qu’elles échapperont aux mises en accusation. La communication de crise ne se limitera pas à une simple réaction, qui ne peut apparaître que dérisoire, désordonnée et vaine. Elle devra aider les organisations à s’armer, à s’organiser, à faire preuve d’humilité.
Les entreprises doivent dès aujourd’hui se préparer à affronter un suicide sur le lieu de travail et mettre en place les mesures pour le prévenir. Parlons, dédramatisons, soyons humbles: tel est le défi d’une communication de prévention du suicide en entreprise.

2 commentaires pour “Levons le tabou du suicide”

  1. Peillon dit :

    Effectivement, nous sommes plutôt d’accord avec ce billet. Néanmoins nous ne pouvons que déplorer qu’une fois de plus, la communication, et donc aussi la communication de crise, soit réactive et curative. La compression des budgets, la cécité de bien des managers, la frilosité d’entamer des démarches de gestion de crise en anticipation, conduisent les entreprises, comme d’habitude, à réagir au dernier moment et acculer par la pression des médias. Tant qu’il n’y aura pas au moins une prise de conscience du management, les crises lamineront les images et les réputations…

  2. Idée fixe dit :

    Vous me faites rire avec ce billet.

    Le suicide est pour ainsi dire vieux comme le monde, puisqu’il n’a pas attendu l’existence d’entreprises gérées par des gens irrationnels.

    Tiens donc, une entreprise gérée par un hurluberlu à la Défense engendreait des suicides…

    Un article plus pertinent viserait à comparer les entreprises à des prisons, là où le taux de suicide est bien supérieure à ce sport national.

    Enfin, la communication, et encore moins une agence, n’a pas à gérer le taux de suicide dans les entreprises. A mon avis, commençons déjà par gérer les cas cliniques, Pdg, directeurs généraux et autres sergent chef, avant de s’occuper de ses pauvres salariés.

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