Nous n’aurons plus les mêmes valeurs !

Je ne vais pas vous parler de rillettes. C’est un sujet trop sérieux pour être débattu sur la place publique. Non, j’ai plutôt l’intention de vous parler de choses éminemment plus frivoles, les valeurs d’entreprises.

Certains d’entre vous l’ont peut-être déjà remarqué, nos entreprises se prennent de passion pour le développement durable. La cause est noble. Il y va de l’enjeu de notre planète, rien de moins. Ces mêmes entreprises ont d’ailleurs d’autres lubies qui vous évoqueront également certainement quelque chose. Elles ont pour nom « leadership », « innovation », « capital humain » et j’en passe. Tous n’ont d’yeux que pour les mêmes idoles. Et ce n’est certes pas leurs conseillers en communication qui vont les détourner du droit chemin. Nostra culpa.

Pour sauver les meubles, nous autres, conseillers en communication houspillons ces mêmes entreprises pour trouver des exemples, des actions qui sortiraient un peu de l’ordinaire, histoire d’illustrer et de donner un peu de grain à moudre à nos amis journalistes. Mais peut-on raisonnablement penser trouver indéfiniment des aspérités lorsque l’on brasse toujours les mêmes valeurs ?

On pourrait être tenté de prendre le contre pied. Les publicitaires savent très bien qu’il est bien plus stimulant par exemple d’être dans la peau du « challenger » que dans celui du « leader ». Mais il arrive toujours un moment où l’entreprise est tentée d’aller voir du côté des premiers de la classe et de délaisser le coin près du radiateur. Free n’a-t-il pas ainsi récemment décidé de mettre fin à sa saga publicitaire avec Rodolphe, son égérie geek qui réussissait à emballer les filles de la planète grâce à son opérateur téléphonique, pour amorcer sa mue vers un discours corporate que l’on imagine plus convenu ?

Si les entreprises apparaissent si pataudes sur le terrain des valeurs, c’est sans doute qu’elles peinent encore aujourd’hui à concevoir un discours assumé sur ce qui pousse ses employés à vouloir vivre ensemble. Comme si leur cohésion ne pouvait reposer que sur des valeurs molles et consensuelles.

Je suis un éternel optimiste. Aussi, j’aimerais faire le pari qu’il ne s’agit là que du premier âge de la communication corporate, une période glaciaire où seul le pelage grossier des mammouths apparaît comme le plus sûr moyen de survie. Avec le réchauffement de la planète, gageons que nous allons assister de plus en plus souvent à l’émergence d’entreprises osant affirmer un discours corporate s’appuyant sur des valeurs, en apparence moins étincelantes, mais surtout, et c’est là le plus important, pleinement portées et incarnées par l’entreprise, depuis sa direction jusqu’à ses salariés.

A en croire l’étude Viavoice parue dans l’Express, la communication interne est d’ailleurs en tête des attentes des cadres, et ce, devant les gros sous ! A bon entendeur.

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