Toyota en question sur sa gestion de crise

Un crépuscule automobile au Pays du Soleil Levant ?

Après le rappel de plus de 8 millions de véhicules pour un défaut d’accélérateur ayant provoqué la mort de 4 personnes, Toyota est contraint de reconnaitre de nouvelles avaries techniques sur son modèle emblématique la Prius. En quelques jours seulement, l’icône de la fiabilité et de la technologie, de l’écologie et de la modernité, qui s’est construite depuis sa création en 1937, se voit diabolisée en danger roulant.

La compagnie s’est trompée en sous-estimant ces défauts d’accélérateur et de freins, symboles de vitesse et de sécurité. Or, rien n’est pire pour une entreprise que de se voir obligée de réitérer une campagne de rappel, d’autant plus lorsque celle-ci touche plusieurs modèles de sa gamme. Cela donne l’impression d’avoir dissimulé la vérité à ses clients. D’ailleurs le PDG du Groupe, après plusieurs semaines de silence, prend la parole d’une façon considérée comme peu convaincante. De plus, dans l’esprit du public, si le premier rappel est qualifié d’erreur et peut être pardonné, à condition qu’il soit bien géré, le second est perçu comme de l’incompétence.

Dans pareille situation, il est indispensable de reconnaître la malfaçon, de se montrer précis sur le constat, de savoir s’excuser sincèrement et déployer et communiquer l’énergie nécessaire pour réparer immédiatement la défaillance. C’est à ce seul prix que l’on peut espérer garder la confiance de ses clients!

Or, la lettre ouverte publiée dans la presse, le 12 février, par le PDG de Toyota France ne laisse transparaître aucun regret. En fait, elle aurait du se concentrer sur ce qui a été mis en œuvre immédiatement afin de limiter le risque pour les automobilistes concernés. Car contrairement à ce qu’indique le titre « ce qui est important pour nos clients » ce ne sont pas « les faits » mais bien les initiatives de réparation.

Par ailleurs, le public découvre avec stupeur que des marques différentes sont fabriquées sur un même site, c’est le cas de Toyota et Peugeot en République Tchèque, ce qui contraint l’enseigne française à procéder, de son côté, à un rappel de précaution.

Enfin, les sanctions sont immédiates : un cours de bourse qui dévisse de 10% en quelques séances, une chute de 20% des commandes sur le marché américain, le plus prometteur, la mobilisation des autorités américaines trop heureuses de pouvoir épingler le principal concurrent de ses majors. Même le gouvernement japonais s’offusque que le fleuron de son industrie ait ainsi compromis l’ensemble de la réputation de son pays. C’est une affaire d’Etat !

Et pourtant le capital marque de Toyota mérite d’être défendu. La restauration de la confiance passera obligatoirement par la réassurance exprimée aux clients sur le terrain avec les concessionnaires. Ces derniers devront tenir un discours d’explication portant sur le plan d’action mis en œuvre par Toyota pour proposer, à très court terme, les interventions qui s’imposent et améliorer rapidement la sécurité et la qualité de sa production. En outre, Toyota s’efforcera de révisiter son modèle de plateforme unique, notamment en matière de sous-traitance, afin qu’un tel défaut ne puisse s’étendre à toute la gamme.

Ainsi, les propriétaires des véhicules concernés devront être traités avec toute la considération qui leur est due. De la qualité de cette relation dépendra leur fidélisation.

Enfin et surtout, un dossier portant sur les améliorations techniques fournira la preuve qu’un tel défaut ne devrait plus pouvoir se reproduire.

2 commentaires pour “Toyota en question sur sa gestion de crise”

  1. LAGADEC dit :

    Bonjour,
    J’ai l’intuition que les analyses de la situation de Toyota dans cette crise, à partir des schémas qui prévalaient dans les années 80-90, sont très loin d’épuiser le sujet. Nous sommes ici sur autre chose et il nous faut partir d’autres grilles de lectures.
    Patrick Lagadec

  2. Vincent Bray dit :

    Comme souvent, cette crise résulte davantage d’une conjonction d’événements qui, pris indépendamment auraient pu s’avérer anodins, mais qui conjugués sont détonants. A mon sens, l’erreur de Toyota n’est pas tant d’avoir mal communiqué que d’avoir mal apprécié la situation générale de cette crise.

    Premier élément : le contexte porteur a été sous-estimé. En effet, on peut s’interroger sur la mise à mal simultanée de 2 icônes de l’économie nippone : Japan Airlines et Toyota (Honda dans une moindre mesure). Le modèle économique japonais, synonyme de fiabilité et d’excellence technologique, semble éprouver certaines difficultés à s’adapter à la globalisation. Un empire qui s’effondre, cela fait souvent de bons articles de presse.

    Deuxième élément : les fondamentaux de l’entreprise ont été surévalués. Pas la peine de revenir là-dessus, tous les analystes l’évoquent. Les « toyotas » sont moches mais fiables. Que leur restent-ils désormais… ? Toute l’empathie du monde ne suffira pas à redresser une entreprise qui n’est portée que sur un pilier.

    Troisième élément, à mon avis le plus important, la volonté de nuisance de la NHTSA, l’association de surveillance de l’industrie automobile américaine, et plus largement des autorités américaines (cf les récentes déclarations du ministre américain des Transports, Ray LaHood). Celle-ci fut l’une des premières à fustiger le manque de communication. De son propre aveu, Toyota était informée depuis 2007 de ces problèmes techniques et les résolvait au cas par cas. Je ne pense pas trahir un grand secret en affirmant que nombres de retraits/rappels de produits sont évités de nos jours par ce genre de résolution au cas par cas… C’est sans doute critiquable ça n’en demeure pas moins une réalité. Alors pourquoi cette crise émerge t-elle aujourd’hui ?

    Je pense qu’en période de crise économique, on observe une nette volonté des pouvoirs publics américains (sous l’influence de lobbies ?) de torpiller le n°1 japonais pour renflouer les caisses des constructeurs automobiles américains.

    Enfin, dernier élément lié au précédent, l’attitude plus que discutable et opportuniste de la concurrence ; certains profitant de la confusion ambiante pour faire passer discrètement leurs propres rappels (Volkswagen, Ford, Peugeot…) et d’autres (GM et Ford) lançant des offres de ristournes ciblées pour débaucher les clients du japonais.

    Plus qu’une simple communication de crise pour éteindre l’incendie, c’est une stratégie d’affaires publiques de crise que Toyota aurait dû déployer. En trois ans, l’entreprise avait pourtant largement le temps de le faire…

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