Name and shame chez les froggies |
Coup de théâtre dans le monde de la communication. Un ministère public, en l’occurrence le ministère du travail, a publié le mois dernier sur son site Internet www.travailler-mieux.gouv.fr la liste des entreprises de plus de 1 000 salariés ayant engagé des négociations en matière de prévention du stress au travail. La nouveauté, vous l’aurez compris, tient à la classification des entreprises selon 3 catégories (rouge, orange ou verte) en fonction de leurs réponses et de leur état d’avancement sur le dossier.
Avec 1,2 million de pages vues sur la seule première journée, on peut dire que la méthode a eu au moins le mérite d’attirer l’attention… avant que la liste soit en partie retirée par le ministère vingt-quatre heures plus tard.
Appliquée à la France, cette technique du « name and shame » importée des pays anglo-saxons et qui visait à l’origine à publier la liste des personnes menant des activités « antisociales », a donc du mal à s’imposer. Au pays de la grenouille, on préfère encore tourner la langue trois fois dans sa bouche avant de clouer qui que soit au pilori. Mais attention, le répit ne pourrait être que de courte durée. Dans le monde des médias et de la communication, les listes prolifèrent et ne sont pas toujours bien intentionnées.
Ces derniers temps, la tendance est en effet à la constitution de listes. A croire que la classification est une passion de plus en plus française. On y trouve pêle-mêle la liste des entreprises où il fait bon de travailler, une liste des entreprises où il est utile d’effectuer un stage, une liste des hôpitaux où il vaut mieux être soigné… Il y en a pour tous les goûts, depuis les listes valorisantes jusqu’aux listes de la honte. Savez-vous qu’il existe même un fichier des gens qui ne veulent pas être fichés ? A méditer.
Apparaître dans une liste n’a donc rien d’exceptionnel. Evidemment, chacun préfère figurer au tableau d’honneur plutôt que dans les méandres des classements ou sur les listes noires. Une chose est sure: moins les entreprises communiquent, plus elles courent le risque de se retrouver sur une liste visant à tort ou à raison à dénoncer leurs pratiques. C’est d’ailleurs la principale leçon à tirer de cette volte-face gouvernementale. On a toujours des scrupules à stigmatiser des gens dont on comprend les difficultés et avec lesquels un dialogue est engagé. Alors, responsables d’entreprises, prenez les devants. Allez à la rencontre de vos fameuses parties prenantes pour limiter les risques d’apparaître sur des listes qui ne vous feraient pas plaisir ou pour faire entendre votre voix.
Dans son dernier ouvrage, Vertige de la liste, Umberto Eco nous rappelle cette vérité : « Une liste, c’est un classement toujours provisoire ». Quand on vous dit que vous avez votre mot à dire !





