Allègre 1, Grenelle 0 ? |
Nous avons deux passions communes dans la vie, les feuilletons vaguement débilitants et l’environnement… Ne pensez pas que ce soit incompatible, la saga « Grenelle de l’environnement » nous a permis, depuis plus de deux ans, de joindre l’utile à l’agréable.
Ainsi, le report du projet de taxe carbone, annoncé par Nicolas Sarkozy en mars, est le dernier rebondissement d’une saga qui entame sa saison 3. Pourquoi, après 5 ans d’un vaste élan citoyen et politique en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique assiste-t-on aujourd’hui à un ralentissement des prétentions écologiques du gouvernement ? Ralentissement qui laisse d’ailleurs les Français indifférents, sinon favorables…
Un sondage Ipsos pour le quotidien France Soir, du 29 mars, montre que 69% des Français approuvent la décision de Nicolas Sarkozy. Au sein de la classe politique, si la droite applaudit, la gauche et Europe Ecologie sont mal à l’aise. Ayant tellement critiqué la taxe carbone, il est délicat désormais de venir à sa rescousse. Ne reste alors que Nicolas Hulot pour tenter de sauver ce qu’il reste du Grenelle, quand Claude Allègre se refait une santé médiatique.
Mais, faut-il pour autant en déduire que cette actualité marque le coup d’arrêt de l’émergence d’une conscience écologique en France ? Rien n’est moins sûr et les climato-sceptiques feraient bien de ne pas vendre la peau de l’ours (polaire) avant de l’avoir tué. Au-delà des diverses mesures législatives (dont certaines ont déjà abouti), la grande avancée du Grenelle de l’environnement, c’est d’abord un changement de paradigme, c’est la réconciliation (encore toute relative, certes) entre écologie et économie.
Rares sont aujourd’hui les entreprises à n’avoir pas, au moins, réfléchi à une stratégie de responsabilité sociétale, c’est-à-dire à prendre en compte les effets de leurs activités sur l’environnement et la société. Sous l’impulsion du gouvernement et des leaders d’opinion, les entreprises ont été amenées à envisager un nouveau modèle de compétitivité durable. Ce modèle peut prendre des formes variées : mise en place d’objectifs environnementaux à 5/10 ans, recours aux énergies renouvelables, etc.
Tandis que les entreprises s’orientent vers un nouveau modèle de compétitivité, les conseillers en positionnement et en communication ont la lourde tâche d’inventer un nouveau modèle de communication et d’échange des entreprises avec leurs parties prenantes, au premier rang desquels les consommateurs. Ces derniers, s’ils sont disposés à adopter une consommation plus responsable, semblent de plus en plus agacés par les messages et autres « claims » environnementaux.
Au-delà des entreprises, comment convaincre les politiques du bien-fondé de la réglementation environnementale pour accompagner la croissance verte ? Au fur et à mesure de l’affirmation de ce nouveau modèle économique, l’écologie aura de moins en moins vocation à être une variable d’ajustement. Encore faudra-t-il, pour cela, que les élus soient convaincus de la pérennité de ce nouveau modèle de développement et se sentent investis de leur place centrale dans cette transition. Pour garantir le succès de la croissance verte, les politiques doivent être amenés à passer d’un scepticisme à une exigence écologique qui, seule, permettra à la France de confirmer son engagement en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique !
Co-rédigé par Xavier Bossaert et Joannie Leclerc





