Le véritable apéro n’est pas géant !

Un sujet défraye la chronique et il pourrait presque être drôle s’il n’était pas traité de manière si caricaturale. Le fameux fossé sociologique autant que numérique sur lequel on crie haro : les apéros Facebook.

Une jeunesse qui s’enivre, est-ce nouveau ? Pas tellement. Les idoles des sixties n’étaient pas des modèles de sobriété et la période hippie fut également largement arrosée. Des rassemblements de personnes qui se connaissent à peine, parfois un peu de vue, pour boire quelques verres, discuter et faire des rencontres aléatoires, est-ce inédit ? Non, on pourrait d’ailleurs ironiser sur la garden-party de l’Elysée qui rassemble plus de 3 000 participants venus boire sur les deniers publics comme le fait l’ancien présentateur du JT de France 2 Bruno Masure.

Finalement, les apéros Facebook ne seront pas interdits purement et simplement mais encadrés comme l’a annoncé le Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux.

Alors qu’est-ce qui étonne et effraie ?

Plusieurs facteurs jouent sur différents registres émotionnels :

  • La spontanéité : l’imprévu, dans une société civilisée, ça fait toujours peur parce que quelque chose échappe à la structure. Mais enfin depuis le mouvement Fluxus, héritier des Surréalistes, on a été habitué au happening ! Les arts éphémères peuvent même tout à fait devenir institutionnels comme lorsque Christo drapa le Pont Neuf en 1985. Le marketing fait également des installations de lieux éphémères.
  • La jeunesse : qu’on le veuille ou non, les rassemblements estudiantins et potaches laissent toujours une forme de crainte dans l’inconscient collectif au pays de mai 68. A ceci près qu’aujourd’hui, Facebook c’est près de 20 millions d’inscrits en France dont seule la moitié a moins de 25 ans…
  • Le diable Facebook : cet étrange machin sulfureux que les médias grand public maltraitent souvent en ne montrant que les dangers, fait peur pour de mauvaises raisons. Essentiellement par que les médias sociaux sont encore mal compris et mal présentés dans certains grands médias, par exemple dans le JT de TF1 du jeudi de l’Ascension.
  • L’ivresse publique : l’alcool, consommé en grande quantité fait parfois faire de graves bêtises, aux conséquences durables voire fatales.

Les critiques contre les apéros Facebook ressemblent beaucoup aux critiques contre les rave parties des années 90, il suffit de transposer un peu.

Une course à l’alcoolisation devrait interroger sur l’état d’esprit de la population qui semble dire « moins de bling-bling, plus de glou-glou », dans une époque parfois morose où les mauvaises nouvelles s’enchaînent dans les journaux sur fond de crise économique. Pourtant, le binge drinking n’est pas dans nos traditions françaises, c’est une habitude de course à l’ivresse récente venue récemment des pays anglo-saxons. Alors pourquoi se rassembler pour boire ?

Le format des apéros géants Facebook est sans doute maladroit parce que le phénomène débute, il trouvera peut-être sa voie en se structurant ou bien s’éteindra comme d’autres modes passagères. Mais au fond, ce qui se cache derrière le phénomène, c’est aussi l’apéro, le vrai, l’authentique, avec des choses à grignoter sans chichis en discutant de tout. C’est ce besoin de se retrouver ensemble, le besoin de recréer de la proximité autour d’un moment convivial. Bien sûr, inviter des milliers de personnes à l’aveugle n’est pas vraiment convivial, on perd la notion de proximité et de partage.

Le véritable apéro n’est pas « géant ». Ca se passe entre copains, entre membres d’une même famille qui se voient peu, entre collègues, entre voisins. D’ailleurs ce vendredi 28, ce sera la 10ème édition de la Fête des Voisins, soit la meilleure occasion possible de faire preuve d’humanité, de tolérance et de partage en se retrouvant autour d’un verre. Le fameux « vivre ensemble ».

Le modèle philosophique d’Epicure était le ventre au sens large : manger, boire, être avec des convives, discuter autour des mets, se servir selon l’envie et selon la disponibilité sans chercher le « toujours plus », en toute simplicité et sans excès. La belle vie. Redevenons épicuriens au sens premier du terme.

Et avec un peu d’avance, à votre santé !

Pour aller plus loin :

  • Un regard éclairé d’avocat sur les responsabilités juridiques, chez l’incontournable Maître Eolas.
  • Un billet intéressant et courageux de Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à la Prospective et au numérique, qui souhaite que l’on ne diabolise pas Facebook (elle ironise sur le « Facebook émissaire ») et que chacun prenne ses responsabilités.
  • Un article d’Ecrans recense les vrais problèmes que pose Facebook, en particularité sur la confidentialité des données que chacun met en ligne.
  • La tribune agacée de Jean-Jacques Bourdin, qui anime les matinales de RMC.

6 commentaires pour “Le véritable apéro n’est pas géant !”

  1. Pascalou dit :

    J’aime beaucoup votre article. Intéressant, documenté et juste. Je partageclick de ce pas !

  2. pailliart dit :

    Oui , pourquoi avoir peur des apéros facebook ? …Certaines manifestations “institutionnalisées” qui permettent de faire la fête, de se saouler pendant plusieurs jours, parfois en risquant sa vie sont tout aussi et même beaucoup plus “à risques”. Les férias de Dax , Bayonne, Pampelune… sont de bonnes illustrations d’hystérie collective bien plus dangereuses. Un apéro facebook , c’est un gentil petit goûter en comparaison…

  3. Amelie dit :

    Bien vu, apéro facebook, fête des voisins, ferias, grand fooding, pique nique blanc au Troca, tout ça est du même acabit alors pourquoi tolérer les uns et non les autres…

    Et puis, rien ne vaut un petit apéro tweet pour débattre de tout cela ;-)

  4. Frederic Guidoux dit :

    Dans la meme logique, autant proscrire également les nombreuses ferias-beuveries d’été, chères au sud de la France,… mais qui font marcher le commerce et le tourisme régional…

  5. Marc dit :

    Si après le bling-bling le glou-glou, et qu’après le glou-glou le pan-pan, alors après le bling-bling le pan-pan.
    Autrement dit, le bouffon vous en veut toujours de rire à ses blagues

  6. nathalie dit :

    Un point de vue qui m’a semblé intéressant et non abordé dans le post de Nicolas suite une émission de Place de la toile sur France Culture traitant de ce sujet.
    Y était mentionné le rapprochement entre « l’alcoolisation » de la rue, ou plus exactement le fait de se rassembler dans la rue pour boire, avec l’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité. En effet cette loi ayant mis les fumeurs sur le trottoir… la rue serait devenue depuis 2 ans
    Un nouveau lieu de rassemblement convivial. Voilà donc un des effets indirects d’une loi dont je pense le plus grand bien par ailleurs. Autre sujet.

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