Communiquer comme des Bleus |
C’est entre le soap le plus trash et la comédie de boulevard façon Jean Roucas que l’équipe de France, défaite face au Mexique, a choisi de placer le curseur de sa communication. Les Zavatta du football ne se contentent donc plus seulement d’être pathétiques sur le terrain pendant 90 minutes, ils ont désormais décidé de jouer les prolongations du ridicule dans l’arrière cour de leur camp retranché et d’en faire partager la planète entière. Quitte à être risibles, autant le faire dans la vulgarité la plus totale, aux yeux de tous. Et là où auparavant seul le sélectionneur faisait l’objet d’attaques virulentes, c’est désormais toute l’équipe qui est honnie.
Il faut dire qu’en matière de communication, nos Bleus ont décidé d’innover en proposant un savoureux cocktail de hiatus et couacs (la désormais célèbre vuvuzela n’y est pour rien) à répétition, de dédain des parties prenantes, d’initiatives brouillonnes et d’une bonne dose de vulgarité. Et dire que, sans la Une de l’Equipe sur les propos de Nicolas Anelka, on serait sans doute passés à côté de toutes ces amabilités.
Sur ce plan, le palmarès des Bleus est, lui, impressionnant. « Bleus », ah quel merveilleux mot polysémique mêlant l’Azur des maillots, le débutant maladroit et les ecchymoses…
Finis les verbatims soporifiques d’après match où des joueurs appliqués alignaient péniblement un sujet, un verbe et un complément d’objet, pas toujours dans le bon ordre, pour former des banalités difficiles à commenter longuement. Qu’on se le dise, le discours se fait désormais plus direct, dès la mi-temps dans l’atmosphère embuée et virile des vestiaires. Et surtout, il fait la Une des quotidiens, et pas seulement sportifs, comme la risée des supporters consternés…
Après tout, pourquoi s’embarrasser de mondanités alors qu’on nous répète à tout va qu’il faut « parler vrai » ? Pourquoi préparer des « questions-réponses » et ciseler une communication délicate en période de crise alors qu’il suffit de répondre « on s’en fout » ? Pourquoi se constituer un réseau d’alliés alors qu’on peut demander à Zahia d’aller à la rencontre des médias voire d’intercéder en faveur des joueurs ? Pourquoi sourire à la caméra alors qu’on peut tranquillement faire la gueule ? Pourquoi faire semblant d’être « proche des gens » en visitant un township sud-africain alors qu’on peut se contenter de distribuer des stylos-à-bille fournis par la Fédération Française de Football ? Et pourquoi s’embêter à parler d’une seule voix en conférence de presse alors qu’on peut se contredire mutuellement en un temps record ?
Face à une telle accumulation de maladresses, on se doutait que les conseils en communication de l’équipe de France avaient du pain sur la planche. Qu’ils se rassurent, les Bleus n’ont désormais plus besoin d’eux. Ils ont décidé de prendre en main leur communication, tel un Frank Ribéry s’invitant tout seul sur le plateau de Téléfoot, sous le regard médusé des journalistes et de son entraineur.
Mais pour dire quoi de cohérent et de constructif ? Et à qui ? Car c’est là le plus hallucinant. En pleine crise sportive, les joueurs de l’équipe de France nous parlent un langage qu’on ne comprend pas, et ce qui devrait être une chorale orchestrée devient un pugilat dissonant. On reste circonspect devant un William Gallas le majeur pointé tel ET l’extra terrestre éructant « Rentrer maison ». Ils nous disent être à la recherche d’un traître cafteur. Ils font lire un communiqué de presse par l’intermédiaire de leur entraîneur Raymond Domenech avec qui ils sont en froid. Ils nous annoncent être unis dans leur désunion. Ils se proclament en grève comme un syndicat en temps de réforme sur les retraites. Ils prétendent s’autogérer comme une milice révolutionnaire. Rassurez-vous, ils ne vont pas conduire le bus eux-mêmes jusqu’au stade, préparer leur repas et se mettre à repasser leur tenue de match. Là, au moins, ça aurait été marrant. Au pays des Bleus, la prise en main a ses limites , l’humilité aussi. J’attends de voir s’ils vont d’ailleurs décider eux-mêmes de se remplacer mutuellement sur le terrain pour leur match contre l’Afrique du Sud.
Cette reprise en main de la communication par les joueurs pourrait paraître bien déroutante tant elle produit des effets calamiteux. Il n’en est rien. L’objectif en est malheureusement évident. Les joueurs de l’équipe de France se sont enfin décidés à restaurer leur image. Pas celle de l’équipe de France mais leur image de marque de joueurs, qui se vend à l’unité auprès des grands clubs européens et des marques. Car voilà un sport collectif qui a la fâcheuse tendance ces dernières années à miser sur l’individualisme. La décision de Quick de retirer ses films publicitaires avec Nicolas Anelka suite à son exclusion de l’équipe de France a sonné pour eux comme un avertissement. Le Crédit Agricole annonce qu’il a lui aussi retiré sa publicité mettant en scène trois Bleus. Qu’on se rassure, le plan de communication pour redorer l’image de l’équipe de France n’est pas donc pour tout de suite.
Un jour pourtant, il faudra que nos Bleus comprennent que leur image personnelle ne pèsera pas grand-chose s’ils ne la mettent pas au service de l’image de l’équipe de France. C’est que derrière ce terme aujourd’hui galvaudé, on oublie un peu vite qu’il y a des millions de licenciés, des clubs amateurs, des milliers de bénévoles et des noms qui font encore rêver. Une véritable image de marque.
Pour aller plus loin :
- Un billet rageur contre le football spectacle et le « toujours plus » sur So Foot, qui critique vertement le désamour de cette Coupe du Monde 2010.
- Reversus s’en prend à ceux qu’il appelle les pharisiens du football, prompts à lyncher.
- Jean-Jacques Bourdin (RMC) lance une pétition pour que les joueurs de l’équipe de France reversent au football amateur les rémunérations perçues pendant le Mondial. Initiative populiste, peut-être révélatrice du divorce entre une équipe et son public et de la mise en avant non pas du sport mais de l’argent.
- Selon Ozap, les médias auraient tort de se priver de cette comédie burlesque des Bleus car elle dope les audiences.
- La coupe du monde de football se suit aussi sur Twitter. Celle inspire d’ailleurs certains artistes adeptes du Twitter Art.
Et pour rire un peu aussi :
- Un faux Raymond Domenech sévit sur Twitter avec un humour plutôt cynique.
- Un petit jeu parodique pour le sélectionneur détesté et une fausse page Facebook de la FFF.
- La véritable comédie au ballon rond s’appelle On lâche rien, une web série “mockumentaire” de Vinvin relatant l’aventure de l’équipe de Gaule de football.






21 juin 2010 à 17:33
On reste sans voix devant l’avalanche de maladresses (à défaut de buts) en communication de ces (mauvais) joueurs. En la matière les élèves semblent même avoir dépassé le maître, Raymond Domenech, qui pourtant s’y connait fort bien.
Au delà de la bêtise qui transparait des communications des uns et des autres, ce qui me frappe avec ce mondial, c’est le contraste avec le « un pour tous » de 98, le chouette triptyque black-blanc-beur (fut-il seulement symbolique) que peu d’autres événements que le foot, sport global s’il en est, autorisent, l’euphorie collective qui s’empare subitement d’un pays, du cadre au « prolo ». A l’heure de l’individualisme-roi, on aurait bien aimé refaire un, juste encore une fois, « Tous ensemble, tous ensemble » !…
21 juin 2010 à 18:40
Tellement vrai !
21 juin 2010 à 19:55
L’exclusion d’Anelka n’aurait probablement pas été décidée si ses propos - certes condamnables- n’avaient pas fait la cover de l’Equipe . Rajoutons la calamiteuse conférence de presse du Président de la FFF ou comment sur réagir en période de crise : exactement ce qu’il ne faut jamais faire . D’autant plus que le Pdt s’est lui même contredit 3 fois en 10′, que le Capitaine - pauvre imbécile à la recherche du ” traitre”- s’est contredit lui aussi 2 fois en 5′ et que les 2 intervenants n’étaient pas du tout sur la même longueur d’onde. Un cas d’école.
Dans tout cela , la responsabilité de Domenech est énorme, celle des joueurs terrible mais n’oublions pas non plus cette pauvre fédération qui a maintenu Domenech en poste depuis 2008 malgré la grosse claque du , quand le Président a ,dans un excés de courage, laissé entendre qu’il ne tirerait aucune conséquence pour lui même de ce ridicule fiasco. La lâcheté au sommet de la pyramide.
21 juin 2010 à 20:03
Il y a eu comme une petite coupe dans mon texte précédent.
Il fallait lire dans le dernier chapitre: “Dans tout cela, la responsabilité de Domenech est énorme, celle des joueurs terrible mais n’oublions pas non plus cette pauvre fédération qui a maintenu Domenech en poste depuis 2008 malgré la grosse claque du championnat d’europe.Et gardons dans nos mémoires un passage merveilleux de la conférence de presse, quand le Président a, dans un excés de courage, laissé entendre qu’il ne tirerait aucune conséquence pour lui même de ce ridicule fiasco. La lâcheté au sommet de la pyramide.
21 juin 2010 à 21:36
On est heureux de vous accueillir !
L’équipe de la Gaule : la win internationale….et ça fait du bien
22 juin 2010 à 7:43
C’est vrai que la déclaration du président de la Fédération en conférence de presse était sidérante ! Je pense qu’on pourrait utiliser certains passages pour nos prochains media trainings.
En voyant ce qui se passe aujourd’hui, je me disais aussi que les médias et l’opinion publique avaient été extremement conciliants en 2002 après le fiasco en Corée…
25 juin 2010 à 12:31
C’est quand même triste de voir que les joueurs préfèrent se saborder plutôt que de rester humble et de se mettre au service du collectif… bref une preuve de leur intelligence suprême.