Trois questions à Christophe Grébert : élu local et citoyen du web |
Christophe Grébert est journaliste sur RFM, mais aussi blogueur engagé et conseiller municipal de Puteaux. Il anime à ce titre de nombreux comptes : le blog MonPuteaux, un profil Facebook, 8 comptes Twitter (rien que ça ! liste sur cette page), un compte YouTube, il anime aussi un groupe de blogueurs locaux baptisé webcitoyen.com qui défend la liberté d’expression sur Internet.
Que fait donc un élu local sur les médias sociaux ? Qu’en retire-t-il ? Comment assumer plusieurs fonctions en même temps ?
BM : Est-il difficile d’articuler une carrière de journaliste et un engagement politique ? Est-ce compatible ?
CG : Les deux sont bien différents : il y a d’un côté la profession et de l’autre le rôle citoyen. On peut avoir une fonction et mener une action militante en-dehors, sur son temps libre, le tout est de ne pas faire de la manipulation. D’autres personnalités politiques ont été journalistes auparavant, par exemple Noël Mamère ou François Baroin. Pour ma part je suis conseiller municipal et peux poursuivre mes fonctions sans problèmes de conflits d’intérêt car mon cas est particulier : la politique n’est pas une carrière en ce qui me concerne, mon échelon n’est pas aussi prenant que si je faisais de la politique au niveau national, et c’est un acte bénévole non rémunéré.
Etre journaliste et élu local est à ce titre doublement enrichissant car les sujets que j’aborde comme journaliste nourrissent mon activité d’élu et m’interpellent parfois, tout comme mon rôle d’élu me donne à réfléchir à certains sujets. Je considère les deux activités comme complémentaires.
BM : Vous disposez de plusieurs comptes de médias sociaux : comment les gérez-vous et qu’en retirez-vous ?
CG : Au départ, j’ai souhaité faire entendre une autre voix que celle du Maire de Puteaux et j’ai créé Monputeaux.com afin de faire circuler davantage d’information sur ma commune. Je souhaitais provoquer du débat citoyen, échanger, débattre. Quand j’ai été élu sur une liste d’opposition à Puteaux, j’ai créé grebert.net pour rendre compte publiquement de mon activité d’élu local car c’est une attente forte de la part des administrés. Une bonne partie de mes comptes sont alimentés par un système de multipostage comme Twitterfeed.
Pour parler d’autres sujets, il me fallait d’autres comptes plus légers ou plus personnels : cela permet de distinguer mon effort de transparence de la partie plus personnelle, sans qu’il s’agisse d’une fenêtre ouverte sur ma vie privée. Twitter est un bon coin de récréation, mais aussi un lieu pour lancer quelques polémiques.
Au final, j’ai ainsi des conversations numériques différentes des conversations physiques, car la discussion en ligne est discontinue : mon temps d’exposition avec les citoyens s’élargit et on peut m’interpeller publiquement sur Internet sans que je sois là.
BM : Les médias sociaux sont-ils un outil de réputation pour un acteur politique, ou bien un levier pour faire émerger certains sujets ?
CG : Je ne sais pas s’ils doivent être un outil de réputation, mais l’outil de transparence est bien vu et même demandé par les citoyens qui veulent suivre en ligne ce qui les concerne. En revanche, j’ai pu réaliser la capacité de mobilisation des réseaux. Scandalisé par la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD (Etablissement public de gestion du quartier d’affaires de La Défense) que je jugeais irresponsable, j’ai lancé l’idée d’une pétition sur Twitter. Quinze jours plus tard elle recevait près de 100 000 signatures et le sujet a émergé dans les grands médias. Je reste prudent : cette mobilisation n’a pris que parce que l’action était perçue comme légitime (je suis élu local et je connais le sujet), l’intérêt médiatique est venu parce qu’en plus d’un échelon local cette action avait une résonance nationale.
Les médias sociaux constituent également une forme d’archivage numérique permettant de garder une trace de ses actions et prises de position. Le web a de la mémoire, cela implique pour les personnes engagées en politique de savoir assumer certaines contradictions ou l’évolution de leurs positions. C’est une exigence nouvelle qui davantage de réactivité de la part des élus.





