Trois questions à Peter Gumbel, écrivain et journaliste amoureux de la France |
Peter Gumbel est un journaliste britannique qui adore la France, et les défis. Ancien grand reporter de Reuters, du Wall Street Journal et des magazines Time et Fortune, ayant vécu dans une dizaine de villes dans le monde, dont Moscou, Berlin et Los Angeles, il a posé ses valises à Paris en 2002 et enseigne à Sciences Po depuis 2004.
Après « French Vertigo » en 2006, il pose sa plume aiguisé sur le système scolaire français dans son deuxième livre : « On achève bien les écoliers » qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.
Entretien.
BM : Tu as démarré en tant que journaliste dans une agence de presse avant d’intégrer un quotidien, puis de passer aux magazines et maintenant aux livres. Quels sont les principales différences entre les métiers de journaliste et d’écrivain ? Le rythme de publication, le temps de recherche et de réflexion ? Est-il facile de ralentir son rythme à l’heure où le monde semble accélérer ?
PG : Dans mon cas, les différences entre ma vie de journaliste et celle d’écrivain ne sont pas très grandes, car mes livres sont, au fond, des essais basés sur un reportage approfondi. Donc ce travail reste assez « journalistique », même si dans mes livres je pousse mes propos d’une manière plus évidente et donne en même temps mon point de vue, ce que je ne fais jamais ou rarement dans mes articles.
Dans tous les deux cas, la démarche est identique. Tout d’abord, j’ai une idée. Ensuite je passe énormément de temps afin de vérifier si cette idée est juste et bien fondée. Après avoir testé l’hypothèse, je commence le reportage pur, en cherchant tous les éléments et des exemples phares, et en sollicitant l’opinion de vrais experts. Pour mon nouvel essai sur la culture scolaire française, »On achève bien les écoliers, » j’ai passé un mois à la Bibliothèque Nationale afin de trouver des exemples pertinents pour ancrer mes propos. Évidemment, pour un article de 400 mots, on ne peut pas conduire une recherche aussi approfondie parce qu’on doit rendre son article pour le bouclage. Néanmoins je m’efforce toujours de valider l’argument et de vérifier les faits.
En ce qui concerne les rythmes, écrire une dépêche de 400 mots pour une agence de presse est évidemment plus rapide qu’écrire un essai de 40 000. Dans tous les deux cas, ce qui est important est de trouver la taille juste. La mauvaise tentation est d’écrire trop. Il faut toujours couper !
Enfin, la plus grande différence est l’impact et la satisfaction. Une dépêche d’agence change rarement le monde. Un grand article à la une d’un journal ou un magazine, quand il s’agit d’un vrai « scoop », peut avoir un impact significatif, mais par rapport à un livre, c’est toujours pas grand chose. De plus, en France, il y a une telle tradition de vie intellectuelle qu’on n’est vraiment pris au sérieux qu’après avoir publié un ouvrage.
BM : Utilises-tu les médias sociaux (Facebook, Twitter, etc) dans ton métier de journaliste ? Dans ton métier d’auteur ? Comment t’en sers-tu ?
PG : Je ne suis pas encore un grand fan de Twitter mais je trouve Facebook formidable. J’ai beaucoup de copains sur Facebook qui sont journalistes, et nous échangeons des idées et des articles. Facebook joue pour moi presque le même rôle qu’un journal quotidien; je l’utilise pour m’informer. De plus, c’est un outil très efficace pour contacter des personnes que l’on ne connait pas, et dont on n’a pas l’adresse e-mail.
Facebook est encore plus important pour moi dans mon rôle d’écrivain. J’ai créé une page sur Facebook pour mon nouvel essai. Cela me permet de dialoguer directement avec mes lecteurs et de continuer le débat que j’ai débuté avec mes propos dans le livre. J’ai également un site web à mon nom.
BM : Tu es Britannique et tu as vécu à Londres, Bruxelles, Copenhague, Bonn, New York, Moscou, Paris, Berlin et Los Angeles. Qu’est-ce qui t’a fait élire Paris comme domicile fixe ? Les pratiques journalistiques sont-elles très différentes d’un pays à l’autre ?
PG : J’adore aller vivre dans d’autres pays. C’est la meilleure façon de connaître un pays – et soi-même. Mais après plus de 20 ans de déménagements, je voulais pour une fois trouver une domicile fixe, surtout pour la scolarisation de nos deux filles. Je crois qu’on a besoin d’un peu de stabilité à cet âge là. Je connaissais déjà Paris; j’ai vécu ici pendant 2 ans au début des années 90, et à l’époque je suis tombé amoureux de Paris et de la France. Donc en 2002, quand on voulait rentrer de Los Angeles et qu’il s’agissait de choisir une ville en Europe, j’ai dit sans hésitation: Par-eeee !
En ce qui concerne les pratiques journalistiques, oui il y a des différences de pays en pays, mais je trouve qu’il y a aussi une convergence assez forte. Il y a 20 ans, par exemple, la vie privée des hommes et femmes politique en France restait privée ; ce n’est plus le cas. Avec l’Internet, le journalisme ne peut plus rester une affaire purement nationale. Tout ce qu’on écrit dans un pays est diffusé immédiatement dans tout le monde. Et comme partout, la presse écrite française souffre financièrement. Selon moi, cette fragilité économique de la presse dans le monde est une sérieuse inquiétude.







23 novembre 2010 à 15:57
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