Les conflits d’intérêts sont-ils inéluctables ? |
Pour le citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité, force est de constater que chaque jour apporte son lot de nouveautés en matière de conflits d’intérêts. C’est Inside Job, le film de Charles Ferguson qui, dans son analyse de la crise mondiale, souligne les conflits d’intérêts entre la sphère académique, les institutions financières et le politique.
Plus près de nous, c’est l’affaire du Mediator, qui repose la question des relations entre laboratoires pharmaceutiques, médecins et autorités publiques de santé.
Sans parler du feuilleton politico-médiatique de l’affaire Bettencourt…
En un temps où l’on parle beaucoup d’éthique et de responsabilité sociale d’entreprise, peut-on s’en accommoder et accepter qu’une actualité chasse l’autre, comme une sorte de fatalité ?
C’est une banalité de constater que, dans un monde de plus en plus complexe, l’expertise est recherchée et coûteuse. Qui d’autre que les professionnels de santé, en contact avec les patients, pourrait être en mesure d’évaluer la tolérance et l’efficacité d’un médicament en cours de développement ou d’un médicament déjà prescrit ? Est-il illogique que les laboratoires, concernés au premier chef par ces recherches cliniques puisque leur vocation est précisément d’apporter des solutions thérapeutiques innovantes, contribuent à leur financement ? Le financement exclusivement public de ces études, qui nécessitent plusieurs années de travail et des centaines de millions d’euros, serait-il une solution envisageable et plus satisfaisante ?
Mais c’est une autre banalité que de reconnaître que le déferlement de ces conflits, de nature diverse, induit une forme de « cristallisation » dans l’opinion publique et contribue à nourrir la perception du « tous pourris », terreau de la perte de confiance dans les élites, du délitement de la démocratie, voire d’un certain pessimisme ambiant (cf. l’état d’esprit des Français, tel qu’il ressort du sondage Ipsos effectué du 12 au 13 novembre 2010 pour le Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie).
Pouvoirs publics et entreprises ont donc un intérêt commun bien compris à essayer de traiter la question des conflits d’intérêts. A supposer que la volonté existe, reste à trouver la méthode. Sans doute convient-il de l’adapter à chaque cas de figure, la problématique des institutions financières n’étant pas celle de la pharmacie ou du fonctionnement des partis politiques. Sans vouloir, une fois encore, se raccrocher à la méthode, tant vantée, « du Grenelle », peut-être gagnerait-on, en tout état de cause, à ouvrir la réflexion aux « non professionnels » pour associer les citoyens, d’une façon ou d’une autre, à la recherche des solutions.





