2012, cap sur une communication raisonnée dans l’univers de la santé ! |
Après une année 2011 balayée par la déferlante des scandales sanitaires : affaire Médiator, poursuite de la remise en question des vaccins contre le cancer du col de l’utérus, retrait de nombreuses molécules dont la dronédarone, suffisance et cynisme des responsables des prothèses mammaires PIP, 2012 doit incarner un retour à plus de confiance sur les informations délivrées dans cet univers de la santé atypique et vital .
Des scandales insoutenables mais néanmoins épiphénomènes en marge d’un système de santé en profonde mutation !
Le scandale du Médiator, repris en boucle par les médias a entaché la réputation des laboratoires pharmaceutiques dans son ensemble. La vague d’indignation de l’opinion publique a été largement nourrie par le tohu-bohu médiatique, avec des titres suscitant la suspicion sur l’efficacité et la probité des autorités publiques, une abondance d’articles alignant des acronymes abscons, (tels que SMR, AMM, HAS, CEPS etc.), et des notions complexes seulement compréhensibles par les initiés. Reste qu’une partie de cette mauvaise perception est liée à une méconnaissance des rouages du système de santé dont le fonctionnement est très complexe.
En tout état de cause, les conséquences de cette affaire appellent à repenser la communication dans ce secteur, qui se modifie intrinsèquement, pour créer de la valeur à l’égard des acteurs et du patient-citoyen que nous sommes.
Emergence d’un nouvel écosystème de santé
Le monde de la santé change en profondeur pour se structurer autour de nouveaux enjeux de santé publique et autour du défi de son financement. Les laboratoires, eux, ont déjà initié leur mue : hier ils produisaient des médicaments pour le plus grand nombre, avec l’expression consacrée de blockbuster pour un produit faisant 1 milliard de dollars de chiffre d’affaire ; aujourd’hui ils développent des thérapies ciblées pour répondre de façon personnalisée aux besoins des patients ; demain ils produiront également des services qui restent encore à inventer, pour une prise en charge globale (holistique) des patients. Cette nouvelle offre modifiera fondamentalement la chaine de valeur des laboratoires, et multipliera le nombre de publics impliqués au-delà des prescripteurs, des payeurs et des patients avec de futurs nouveaux acteurs (systèmes e-santé, télémédecine). Cette évolution va nécessairement contraindre les laboratoires à choyer tous ces différents publics et à repenser leurs formes de communication.
e-Docteur ou l’aspiration prométhéenne des surfeurs
L’explosion du nombre de sites internet à caractère médical, l’émergence des réseaux sociaux, le développement d’applications mobiles dédiées au suivi de certaines maladies chroniques renforcent l’illusion que les informations médicales et les questions de santé sont accessibles à Tous. Selon un récent sondage, 16 millions d’internautes visitent une fois par mois l’un des 84 sites de santé bien-être, selon Médiamétrie. Souvenons-nous qu’il y a seulement quelques années ces informations appartenaient au cercle restreint des « sachants ». Aussi pour faire échos à la pensée Marshall McLuhan , il est important de veiller à ce que le message ne soit pas que le médium et faire en sorte que cette accessibilité à l’information, sans bouleverser les hiérarchies de savoir, soit au service d’un renforcement du dialogue médecin-patient et d’une meilleure prise en charge des patients.
Vers l’Applelisation des Laboratoires
Le corps comme la voix des laboratoires évoluant, l’image de marque de ces entreprises va se développer également auprès de leurs différents publics. Il est vrai qu’aujourd’hui on connait les noms des médicaments mais pas le nom des laboratoires. Demain, ce nom deviendra une marque en tant que telle, et ses valeurs seront les piliers de la confiance pour leurs différents publics.
Haro sur les pourfendeurs des Laboratoires !
Selon un sondage réalisé par le Leem en Juin 2011, 80% des Français estiment que les entreprises sont plus soucieuses de leurs bénéfices que des malades. Passionnées par les questions de santé et la communication, il nous appartient en tant que professionnelles d’accompagner les laboratoires pour rétablir ce lien de confiance dans cet environnement mouvant et réglementé. A nous d’ouvrir le dialogue avec la société civile en proposant des actions de fond et innovantes. Nous pourrons par exemple initier le débat sur le sujet complexe et tabou de la création de valeur économique à partir de produits de santé éthiques et remboursés dans un contexte économique difficile ; puis décomplexer les laboratoires et les pousser à communiquer vers le grand public pour valoriser les actions menées en terme de prévention de la santé, d’ associations de patients, sans craindre les mauvaises interprétations ; enfin expliquer de façon pédagogique les arcanes du système de soin pour clarifier la complexité d’une nouvelle offre santé.
Nos années d’expériences professionnelles nous ont conduits à rencontrer beaucoup de personnes qui avaient à cœur d’œuvrer pour la performance du système de soin et l’amélioration de la santé publique. C’est bien cette énergie positive et cette volonté de bien faire que nous souhaitons véhiculer auprès des différentes parties prenantes.
* Understanding Media: The extensions of man- Marshall McLuhan






10 janvier 2012 à 12:27
Trés intéressante analyse, Laurence . Les études réalisées par BM au niveau mondial démontrent bien en effet l’intensité de la crise de confiance vis à vis de l’industrie pharmaceutique.Trés forte en Europe mais aussi aux USA.
21 janvier 2012 à 11:02
Dans le panorama actuel, très bien illustré, un élément me semble décrit partiellement: l’aspirtation des surfeurs à l’information dépasse, à mon sens, la relation professionnel/patient. La personne malade recherche des connaissances sur sa pathologie auprès des pairs, elle discute, échange, produit des avis, participe á la construction communautaire d’une expertise. Et cette place occupée par le « e-patient » permet de faire face aux crises sanitaire de façon active, en reduisant la méfiance vers le système de santé. Le développement d’une démocratie participative du système de santé augmente les échanges entre patients, institutions, agences, pharma, il impose plus de transparence. Bien évidement cela provoque la médiatisation des crises, mais d’autre part, la participation des patients, autrefois étrangers au système, reduit la méfiance vers les institutions.
30 janvier 2012 à 16:52
Tout à fait d’accord sur le fait que l’implication du patient- citoyen dans le système de santé contribue à une création de valeur « partagée » et impose de fait plus de transparence.
Quant à la construction collaborative d’une expertise, se pose la question des termes de cette expertise en raison même de la complexité du domaine de la santé. Pointent également les questions sur la compétence de l’opinion publique et la légitimité des acteurs à contribuer à cette création d’expertise…vaste débat n’est-ce pas…
Aussi pour nourrir notre réflexion, je vous signale la sortie en librairie le 11 Janvier dernier d’un ouvrage s’intitulant « La Science et le débat public – aux Editions Actes Sud » qui permettra certainement de nous apporter quelques éléments de réponse.